Ici repose la GloireMagni nominis umbra
Murbach, le vallon des princes · Le récit historique

Note sur les sources, la part de légende et l'étage de preuve

Relèvent de la légende ou de la tradition, et sont signalés comme tels dans le texte : la mort de Barthélémy d'Andlau (chat noir, cercueil vide — récit hostile du chroniqueur dominicain de Guebwiller, Séraphin Dietler) ; le toponyme Mordfeld comme lieu exact du massacre ; les douze compagnons de Pirmin (topos hagiographique d'Hermann Contract) ; le double refus initial de la population ; les cellules d'osier sur l'îlot ; la communauté irlando-colombanienne de Bergholtzzell (« faute de preuves historiques et archéologiques », note la brochure de Bergholtz elle-même) ; l'alarme de Brigitte Schick (l'assaut des Armagnacs de 1445 est, lui, attesté) ; la parenté de saint Léger avec les fondateurs par les femmes ; les parchemins sur les pots de confiture ; l'affrontement de Huningue et son « duc » Liutfried, au titre anachronique.

Relèvent de l'hypothèse savante débattue : l'identification de Murbach comme lieu où Poggio retrouva le Lucrèce complet en 1417 (thèse d'Enrico Flores et de l'école napolitaine ; Enrico Flores, 1980 ; Poggio ne nomme pas le lieu, et la thèse concurrente tient pour Fulda — la présence d'un Lucrèce du IXe siècle dans la bibliothèque est en revanche attestée) ; la datation précise de l'église abbatiale (thèse dominante 1122-1149, thèses concurrentes jusqu'à 1175) et la lettre exacte des consécrations de 1134 et 1216, connues par copies tardives ; la date du raid hongrois (926 dans la tradition de l'abbaye (Beroldingen) et pour la plupart des sources françaises ; 925 dans le Diarium de Bernard de Ferrette (Walter, Grabschriften, n° 3) ; 929, que Gatrio donne pour concurrente ; 927 ou 936 selon d'autres) ; le titre princier daté 1228 ou 1229 selon les sources ; la retraite finale d'Eberhard — dans le vallon selon la tradition murbachienne, comme moine de Remiremont dès 735 selon le Dictionnaire de biographie alsacienne ; l'acte de 680 d'Ebersmunster, de date et d'authenticité discutées comme souvent dans ces archives remaniées ; l'antériorité possible du chantier de Murbach sur le style de Worms (chantier avancé vers 1175 selon une lecture d'historiens de l'art) ; la date du Pacte fédéral suisse, que le récit place au mois suivant la mort de Rodolphe de Habsbourg, en août 1291, selon la date que porte l'acte, et que des historiens proposent de reporter (Dictionnaire historique de la Suisse).

Reste ouvert, faute d'avoir vu la source primaire : le chiffre des 397 moines morts depuis la fondation, que la littérature dit tenir d'un registre de 885.

Relèvent de l'interprétation narrative, assumée comme telle : les motivations prêtées aux personnages — le chagrin d'Eberhard, la rancune de Guebwiller, le fil père-fille du chapitre VII tout entier, qui est une mise en relation d'auteur et non un fait des sources — jusqu'à la sympathie du récit pour la ville, « cinq siècles de patience » compris.

Registre des chapitres. Chaque chapitre daté reçoit ici son registre, selon un patron constant : attesté (sources nommées), inféré (raisonnable mais non documenté), choisi (arbitrage entre traditions, déclaré), ouvert (à trancher sur pièces). Les paroles citées entre guillemets viennent toutes de la littérature citée.

Chapitre II. Attesté : la perte du fils unique, la cécité d'Eberhard, l'épouse Hemeltrude vouée à Dieu, la charte de 731, la donation de Delle vers 736-737 avec réserve de droits, Romanus premier abbé, le legs intégral à la mort du comte en 747 ; l'immunité de Thierry IV (12 juillet 727) et le privilège de l'évêque Widegern (12 mai 728) ; l'exil de Pirmin hors de Reichenau sous le duc Theudebald, ob odium Karoli, et la protection de Charles Martel. Débattu : l'origine de Pirmin en Septimanie, la plus vraisemblable ; la retraite finale d'Eberhard, au vallon ou à Remiremont. Inféré : la portée du privilège de Widegern, qui soustrait la maison à la juridiction de l'évêque ; l'exemption au sens canonique, qui la rattache à Rome, est plus tardive. Tradition déclarée : les douze moines de Reichenau (Hermann Contract) ; le double refus de la population ; les cellules d'osier sur l'îlot ; Eberhard « faict convers » en son monastère (Münster, 1552). Tradition épigraphique : l'épitaphe d'Eberhard, lisible encore en 1705 mais non originale (Indutus veste claustrali vixit honeste) ; le nom d'Anifridus, porté par un monument disparu de l'abbatiale (Walter, Grabschriften, n° 2). Variante déclarée : Münster ignore l'épouse et prête le fils perdu, noyé, au cousin Mason, fondateur de Masevaux. Interprétation déclarée : le chagrin du comte comme mobile de la fondation.

Chapitre IV. Attesté : le raid hongrois, l'incendie et la vacance abbatiale ; les sept morts tenus pour martyrs pendant huit siècles ; le toponyme Mordfeld dans la montagne ; le sarcophage du bras nord du transept — tombeau droit et dalle dressée, quatre bustes aux traits non figurés, grès rose et blanc, tombeau actuel de 1879 (base Palissy) — et son inscription latine, posée en septembre 1705 par Célestin de Beroldingen, alors coadjuteur, quand les ossements furent placés dans un mausolée près du maître-autel (Diarium, 4 septembre 1705, cité par Walter, Grabschriften, n° 3). Inféré : la fuite préalable d'une partie de la communauté, d'après la survie des livres et du trésor. Tradition déclarée : la date du 4 juillet, jour de la mémoire liturgique des martyrs ; le Mordfeld comme lieu exact du massacre ; Liutfried et Huningue. Variante déclarée : Münster (1552) fait vivre les sept « au mont qui est là prochain », lieu dit depuis « le Champ du brigandage » ; un catalogue de 1693 compte huit victimes, et Gatrio donne 926 et 929 comme dates concurrentes (Gatrio, I, 161-162). Ouvert : la solidité même de l'épisode, qu'une notice tient pour légende tardivement enrichie ; l'année du raid (voir les hypothèses débattues).

Chapitre V. Attesté : le diplôme d'Acre de septembre 1228 — le lieu, le mois, l'excommunication de Frédéric II, la présence d'Hugues à la croisade, le péage accordé et le titre de princeps venu en surcroît — et le Hugstein, commencé vers 1227-1230 ; le grès rose des Vosges, matériau commun avec la cathédrale de Strasbourg ; Berthold de Falkenstein vendeur de Lucerne, Rodolphe de Habsbourg acheteur et ancien avoué de l'abbaye, les cinq villages restitués qu'il occupait sans droit, le repli du temporel sur trois vallées, l'élection impossible de 1299 et les treize moines de 1335 (DHIALSACE), le coutumier du XIIe siècle (conservé aux archives de Colmar) ; l'influence possible du chantier de Murbach sur le style de Worms est une lecture d'historiens de l'art, donnée comme telle. Ouvert — en attente des monographies de référence : la carrière exacte du grès (le Schimberg, selon la tradition locale), la hauteur des voûtes, les cinq cents cavaliers de la chronique, et le décompte des survivants de 1648 — le corps s'en tient à la dispersion attestée : « plus une voix au chœur ».

Chapitre VI. Attesté : Georges de Masevaux, élu abbé en 1513 ; les prébendes réduites de moitié et la chapellenie Saint-Corneille abolie le 8 décembre 1513 (Gava) ; la découverte du codex de Velleius Paterculus par Beatus Rhenanus à Murbach en 1515 ; la copie faite pour lui, puis perdue ; l'édition princeps chez Froben, à Bâle, en 1520, imprimée sur cette copie, et la collation de Johann Albert Burer ajoutée à la fin ; la copie de Bonifacius Amerbach, achevée en août 1516 (Bâle, bibliothèque universitaire), copie parallèle et non source de l'impression (Potter) ; l'unicité du témoin et la perte du codex ; la présence d'un Lucrèce du IXe siècle dans la bibliothèque ; le manuscrit 45 de Colmar. Débattu : Murbach comme lieu de la découverte du Lucrèce par Poggio en 1417. Ouvert : la datation précise du codex de Velleius, du VIIIe ou du IXe siècle ; le jugement de Rhenanus sur l'état du texte, à citer d'après sa préface de 1520.

Chapitre VII. Attesté : la perte de la justice en 1444, l'assaut des Armagnacs et l'alarme de 1445, la reprise de la ville révoltée sous Barthélémy, la sentence de Greidt — enquête ouverte le 15 août 1626, exécutée le 23 août à la Neuenbourg, distincte de la visite canonique de 1616 —, l'union perpétuelle de Lure à Murbach, prononcée le 12 mars 1554 par le légat Morone et confirmée par Pie IV en 1560 (BnF ; Künker), le plaidoyer du chapitre sur l'église ouverte au ciel, le réemploi des matériaux de l'abbaye pour Notre-Dame de Guebwiller (Inventaire général, Mérimée IA00054802), les portes ouvertes aux paysans et la renonciation aux droits seigneuriaux du 28 juillet 1789. Interprétation déclarée : le fil père-fille lui-même, et « l'abbé qui recueille les fruits » du courage de 1445. Légende, attestée comme récit et non comme fait : le chat noir et le cercueil vide. Ouvert : la date et la source de la mise au pas de Guebwiller et de l'expulsion de sa noblesse à la fin du XIIIe siècle ; une première union, personnelle, avec Lure sous Georges de Masevaux, que certaines notices datent de 1536, distincte de l'union perpétuelle de 1554 ; le lieu de la perte du trésor pendant la guerre de Trente Ans ; les dates exactes du pillage de la Neuenbourg, que les notices donnent aux 27-28 ou au 29 juillet — son étendue, elle, est fixée par l'inventaire du 12 septembre 1789, qui compte 280 livres perdus dans les deux bibliothèques du château.

Chapitre VIII. Attesté (Gatrio, II, p. 613-616, d'après le Diarium et les procès-verbaux capitulaires) : la communauté installée au château de Guebwiller depuis le 12 juillet 1738 ; le projet déjà ancien de s'y établir, refusé par le nonce sous l'abbé Célestin de Beroldingen ; la décision du 4 août 1738 de rebâtir à Murbach et de « revenir à cette chère solitude » ; la première pierre posée le 5 par le coadjuteur Léger de Rathsamhausen ; les plans de l'architecte Bastucus ; les images emportées, les autels dépouillés, le Saint-Sacrement porté à la salle du chapitre puis à Saint-Sixte ; la toiture de la nef déposée, projet abandonné (Inventaire général) ; le revirement du 19 janvier 1739, « prétendument à cause des dettes », et ses motifs ; l'exploitation après coup de la nef découverte comme argument du transfert ; la vue de 1745 et la nef en ruine ; les bulles de sécularisation de 1764 ; la dispersion de la bibliothèque ; Benoît d'Andlau, dernier prince-abbé, mort en 1839 chanoine d'Eichstätt. Tradition déclarée : les parchemins sur les pots de confiture. Ouvert : l'incendie du XIVe siècle — l'abbatiale brûlée en 1381 selon la chronique de Thann citée par Gatrio, les bâtiments conventuels le 10 septembre 1382 selon la Residenzenforschung —, dont l'étendue à la charpente de la nef reste inconnue ; le retour des capitulaires au vallon en 1742, affirmé par une notice, nié par une autre — Gatrio penche pour le non : lors de la visite du cardinal Gaston de Rohan, en 1742, tous les capitulaires sont installés à Guebwiller.

La reconstitution du paysage de l'an 720 (chapitre I) combine des faits attestés (toponymie Morbach attesté en 760, prairies du Weihermatten, mention de Bergholtz en 680, fouilles néolithiques et mérovingiennes de Bergholtz, vignes du piémont) et des analogies régionales documentées (hêtraie-sapinière sans épicéa d'après la palynologie vosgienne ; faune d'après les diplômes de chasse impériaux de 1004 et 1017 pour la région) : la présence de telle ou telle espèce dans ce vallon précis reste conjecturale, et l'aurochs y est évoqué au conditionnel, l'espèce disparaissant des forêts d'Occident au cours de ce même VIIIe siècle. L'îlot de l'étang relève de la topographie orale recueillie au XIXe siècle (Winterer, 1867 : « on montre [...] un îlot peu étendu ») et non des sources du VIIIe siècle ; le nom même de Vivarius Peregrinorum pourrait être une métaphore lettrée — l'écho du Vivarium de Cassiodore — plutôt que la description d'un vivier réel (lecture de G. Bischoff). La nature exacte de l'étang (marais naturel ou vivier) et la date de son assèchement ne sont pas établies scientifiquement.

Repères — abbés cités: Romanus (premier abbé, v. 727) ; Iskar (IXe siècle, catalogues de la bibliothèque) ; Berthold Ier (1122-1149, chantier de l'abbatiale selon la thèse dominante) ; Hugues de Rothenbourg (1216-1236, titre princier, Hugstein) ; Berthold de Steinbrunn (1260-1285, remparts et châteaux) ; Berthold de Falkenstein (1285-1298 : vente de Lucerne le 16 avril 1291) ; Barthélémy d'Andlau (1447-1476) ; Georges de Masevaux (1513-1542 : prébendes réduites, guerre des Paysans) ; Casimir-Frédéric de Rathsamhausen (transfert de 1759 et sécularisation) ; Benoît d'Andlau-Hombourg, dernier prince-abbé, mort en 1839.

Tout le reste s'appuie sur les ouvrages cités.

Les ouvrages cités sont réunis dans la bibliographie du récit.