Ici repose la GloireMagni nominis umbra
Murbach, le vallon des princes · Le récit historique

Ce qui demeure

Allez-y un matin d'été, et entrez. Le sarcophage des sept moines de l'an 926 et le gisant du comte Eberhard s'y font face à travers les siècles — le fondateur et les martyrs, le chagrin et le prix du sang, les deux pierres angulaires de toute l'histoire. Ressortez ensuite et faites le tour : le chien et l'âne musiciens jouent encore leur concert de pierre, le lion du portail sud tire toujours la langue, et deux contreforts du XIXe siècle retiennent des voûtes que la nef ne soutient plus — l'édifice, classé au début des années 1840 parmi les premiers monuments historiques de France, fut restauré sous le Second Empire par Émile Boeswillwald1 Classement au titre des monuments historiques : liste de 1840 (Inventaire général, IA00054801) et arrêté du 1er octobre 1841 (Mérimée PA00085554) ; restaurations de 1860-1870 : Inventaire général, IA00054801. La part d'Émile Boeswillwald est donnée par des notices de synthèse.. Sur son éperon, la ruine du Hugstein veille encore l'entrée du vallon.

L'abbatiale en hiver, vue de l'est : le chevet, le transept et les deux tours ; à droite, le cimetière.
L'abbatiale en hiver, vue de l'est : le chevet, le transept et les deux tours ; à droite, le cimetière.Photographie de l'auteur.

Onze siècles tiennent dans ce vallon : un marais qui donna son nom à un ruisseau, un père sans fils, sept martyrs, une bibliothèque de trois cent cinquante titres2 Environ trois cent cinquante titres au catalogue du IXe siècle : Milde, 1968., un titre de prince accordé en Terre sainte, Lucerne vendue aux Habsbourg, Dracula rangé sur ses rayons, Velleius Paterculus rendu au monde, peut-être Lucrèce, et une nef démolie pour un rêve jamais construit. Il a suffi d'un ruisseau, d'un chagrin et de mille ans.

Étage de preuve — voir la note sur les sources et l'étage de preuve.