La fin

En 1738, Murbach décide de se rebâtir. La communauté réside déjà au château de Guebwiller, où elle s'est installée le 12 juillet1 Diarium de Murbach (Bernard de Ferrette), éd. A. M. P. Ingold, Colmar, 1902-1903, au 12 juillet 1738 (liste des présents)., et le projet de s'y établir pour de bon est ancien — le nonce l'avait refusé sous l'abbé Célestin de Beroldingen2 Projet d'installation à Guebwiller sous Célestin de Beroldingen (1720-1737), refusé par le nonce : Gatrio, II, p. 613-616.. Le 4 août pourtant, le chapitre décide de reconstruire au vallon et de « revenir à cette chère solitude »3 Décision capitulaire du 4 août 1738 : Gatrio, II, p. 613-616 (p. 641-644 du PDF), d'après les procès-verbaux capitulaires.. Le lendemain, le coadjuteur Léger de Rathsamhausen pose la première pierre de la nouvelle église, sur les plans de l'architecte Peter Bastucus4 Première pierre posée le 5 août 1738 par le coadjuteur ; plans de Peter Bastucus : Gatrio, II, p. 616.. Les jours suivants, on emporte les images, on dépouille les autels, on porte le Saint-Sacrement à la salle du chapitre, puis à Saint-Sixte ; la toiture de la nef est déposée5 Dépouillement des autels, transfert du Saint-Sacrement, démolition engagée : Gatrio, II, p. 616 ; toiture de la nef déposée : Inventaire général, IA00054801 ; anciens autels enlevés en 1738 : Gava, 1953-1954.. Le 19 janvier 1739, le chapitre se ravise, « prétendument à cause des dettes », note Gatrio, et choisit Guebwiller : meilleur service, archives mieux gardées, une seule cuisine6 Revirement du 19 janvier 1739 et ses motifs : Gatrio, II, p. 616.. La nef découverte servira ensuite d'argument au départ — et la vue de 1745, qui la montre en ruine, témoigne de l'œuvre des capitulaires, non de celle des Suédois7 Vue de 1745 (dessin de Frédéric Piton, BNUS) et jugement de Gatrio sur la responsabilité des capitulaires : Gatrio, II, p. 616..

Le siècle voulait du blanc, et le vallon lui donnait du sombre ; les vieux murs romans avaient contre eux d'être vieux. L'église resta tronquée, chœur et transept dressés seuls face au vide — un chevet orphelin de sa nef. Le rêve baroque ne sera jamais construit ; c'est lui pourtant qui a donné à Murbach sa silhouette. Restait à éteindre la règle elle-même. En 1764, les bulles de sécularisation achèvent l'œuvre : plus de moines — ils n'étaient plus que dix —, mais un chapitre de chanoines nobles, où nul n'entre sans prouver seize quartiers de noblesse, sept chevaliers jurant sur l'Évangile des qualités du candidat8 Bulles de sécularisation du 11 août 1764, dix religieux, chapitre noble, seize quartiers et serment de sept chevaliers : René Metz, 1940 ; DHIALSACE. L'exigence des seize quartiers est déjà posée en 1738 : Gatrio, II, p. 615.. La règle de saint Benoît s'éteint après plus de mille ans, remplacée par un cercle de gentilshommes rentiers.

La Révolution disperse ce qui reste : le chapitre est dissous, les biens vendus, les bâtiments conventuels dépecés pierre à pierre9 Dissolution du chapitre et vente des biens à la Révolution : DHIALSACE ; Legin, 2016.. La bibliothèque connaît le sort le plus cruel : une partie, vendue dès 1786 pour éponger les dettes, part pour l'abbaye de Saint-Blaise en Forêt-Noire — elle suivra ses moines jusqu'à Saint-Paul du Lavanttal, en Carinthie ; le reste est saisi et rejoint Colmar10 Vente d'une partie de la bibliothèque à Saint-Blaise en 1786, transfert à Saint-Paul du Lavanttal, saisie du reste à Colmar : Georges Bischoff, notice « Bibliothèque », DHIALSACE ; catalogue Pierre Schmitt, 1969. — et la tradition rapporte que des parchemins médiévaux servirent, dans les fermes d'alentour, à couvrir les pots de confiture jusqu'au début du XXe siècle11 Tradition des parchemins sur les pots de confiture : Legin, 2016 (tradition orale rapportée).. Le dernier prince-abbé, Benoît d'Andlau, meurt en exil en Bavière en 1839, chanoine d'Eichstätt12 Benoît-Frédéric d'Andlau-Hombourg, dernier prince-abbé, mort à Eichstätt en 1839 : DHIALSACE., dernier écho d'un titre né à Saint-Jean-d'Acre six siècles plus tôt. Le vallon retourne au silence.
Étage de preuve — ce que ce chapitre affirme est classé dans la note sur les sources : le registre du chapitre VIII, les légendes et traditions déclarées.