Ici repose la GloireMagni nominis umbra
Murbach, le vallon des princes · La nouvelle audio · Épisode 1 · Pièce 1
728, le débouché du vallon.

L'homme repoussé

Deux fois chassé, Pirmin remonte la vallée — et trouve un marais dont personne ne veut.

L'homme qui remonte la vallée marche d'un pas égal, sans se retourner. Tout ce qu'il possède tient sous son bras : une règle, quelques reliques, un petit livre que les copistes diront de lui. Par deux fois, plus bas dans la plaine, des portes se sont fermées à son passage — c'est du moins ce que la mémoire du pays retiendra. Il ne s'en étonne plus : les gens d'ici voient passer des moines étrangers, maigres, précédés d'aucune armée, et ils ferment. Il bénit les seuils et reprend la route.

Puis la vallée se resserre. À sa gauche, Pirmin aperçoit l'entaille. L'odeur d'eau dormante vient d'abord ; ensuite l'étang cerné de roseaux, l'îlot au milieu et, au-delà, la gorge sombre où le bruit d'un ruisseau monte entre les rochers. Sous ses sandales, le fond détrempé cède. N'importe quel intendant dirait : rien à tirer de là. Pirmin s'arrête pourtant. Il cherche du regard un champ, un péage, la fumée d'un voisin : rien. Un désert à une heure des vignes, assez vide pour ne rien lui rappeler et assez pauvre pour ne tenter personne. Il a fondé assez de maisons pour reconnaître la seule richesse qui ne se pille pas.

Au bord de l'eau, les hommes du comte l'attendent. Cette fois, personne ne ferme. L'un d'eux avance dans la boue et lui tend la main pour gagner l'îlot ; Pirmin hésite avant de la prendre, comme s'il avait oublié ce que vaut une invitation. Leur maître, sait-il, a perdu son fils ; c'est lui qui l'a fait chercher jusqu'ici. Sur l'île, des hommes venus de plusieurs provinces se taisent à son approche : ils attendent une règle. La maison existe déjà sur parchemin — un roi lui a scellé l'immunité l'été d'avant — ; il lui manque tout le reste. La mémoire des moines placera plus tard ici des cellules de claies d'osier, à la manière d'Irlande ; ce printemps-là, Pirmin ne voit encore que les roseaux à couper, la terre à drainer et les regards tournés vers lui. Le 12 mai, l'évêque de Strasbourg y ajoute un parchemin rare entre tous : la maison élira librement son abbé et ne relèvera que de Rome et du roi. L'exilé fait nommer Romanus — un autre que lui — et donne à la maison son nom de baptême : Vivarius Peregrinorum, le vivier des pèlerins. Un vivier garde vivant ce qui vient d'ailleurs.

Lui ne restera pas. Il bâtit, il remet les clefs, il part ; c'est son ordre à lui, et il ne l'a jamais écrit. Quelque part vers le nord, d'autres portes fermées l'attendent.

Le récit historique · La nouvelle d'une traite

Registre de la pièce ▾
Attesté
l'immunité royale de Thierry IV (12 juillet 727), antérieure à la scène, qui le dit ; le privilège de libre élection et d'exemption de l'évêque Widegern (12 mai 728) ; Romanus, premier abbé ; le nom de Vivarius Peregrinorum, porté par la maison — et possible métaphore lettrée, l'écho du Vivarium de Cassiodore, selon la note du récit ; des hommes venus « de diverses provinces » (formule de la charte) ; la perte du fils unique d'Eberhard ; l'existence du petit livre, le Scarapsus.
Débattu
l'attribution directe du Scarapsus à Pirmin, qui repose sur les rubriques de la tradition manuscrite (dicta Pirminii) — la formule « que les copistes diront de lui » est à cette mesure.
Inféré
l'itinéraire à pied, le regard d'évaluateur de fondations, l'hésitation devant la main tendue, le livre porté ce printemps-là, le rôle de Pirmin dans la nomination de Romanus (« fait nommer »).
Tradition déclarée
le double refus de la population (« c'est du moins ce que la mémoire du pays retiendra ») ; les cellules de claies d'osier sur l'îlot (« la mémoire des moines placera plus tard ») — tradition prolongée par celle, rapportée par Gatrio d'après les annales dominicaines de Colmar, d'un oratoire de hauteur « au-dessus du Pilgerweiher », la future chapelle Saint-Corneille, où les habitants des cellules dispersées autour de l'étang se réunissaient pour prier avant ou pendant la fondation.
Choisi
la datation au printemps 728, entre les deux privilèges ; la lecture « appelé » — le comte l'a fait chercher —, conforme au récit du chapitre.
Ouvert
rien d'essentiel.

Le registre accompagne chaque pièce : il dit l'étage de preuve de ce que vous entendrez. La méthode et la note du récit ont leurs pages propres.