Ici repose la GloireMagni nominis umbra
Murbach, le vallon des princes · La nouvelle audio · Épisode 4 · Pièce 16
27-29 juillet 1789, Guebwiller.

Les portes ouvertes

Juillet 1789 : les insurgés arrivent devant Guebwiller, et le portier a la clef à la ceinture.

Ils arrivent par la route, à pied, avec des fourches, des haches, quelques fusils et beaucoup de sacs vides. On les voit venir de loin. Depuis le 25, la vallée de Saint-Amarin est levée, et la nouvelle est arrivée avant eux.

L'homme qui garde la porte a la clef à la ceinture depuis des années. Il est bourgeois de Guebwiller, comme son père avant lui. La porte est de chêne ferré, prise dans le mur qu'un abbé a fait tracer autour de la ville il y a plus de cinq siècles. On ne lui a pas donné d'ordre. Au conseil, personne n'a voulu en donner.

Il tourne la clef. Il tire le premier battant, puis le second, et il se range contre le mur pour les laisser passer. Il ne dit rien. On n'assiège pas Guebwiller, on n'y met pas le feu. On ouvre, et l'on regarde.

Ils vont droit aux maisons des chanoines et au château. On entend céder les portes intérieures, l'une après l'autre, celles qu'il n'a pas eu à ouvrir. Par les fenêtres sortent des chaises, des rideaux, des registres qu'on jette dans la rue et que le vent pousse contre les façades. Les bourgeois se tiennent sur le pas de leur porte. Quelques-uns ramassent ce qui tombe. La plupart regardent.

Le 28, alors qu'on pille encore, le chapitre renonce par écrit. La nouvelle passe de maison en maison. On pille encore le lendemain.

Le soir du 29, ils repartent vers la vallée, les sacs pleins. L'homme referme les deux battants derrière eux, tourne la clef et la remet à sa ceinture.

Le récit historique · La nouvelle d'une traite

Registre de la pièce ▾
Attesté
l'entrée des insurgés à Guebwiller, le pillage du château et des maisons des chanoines, la renonciation du chapitre à ses droits seigneuriaux le 28 juillet 1789 ; l'enceinte de Guebwiller tracée sous Berthold de Steinbrunn au XIIIe siècle (Gatrio) ; le soulèvement de la vallée de Saint-Amarin le 25 juillet.
Inféré
l'absence de résistance de la ville.
Choisi
le portier, figure sans nom, et sa clef ; le conseil qui ne donne pas d'ordre ; les registres jetés par les fenêtres ; les bourgeois sur le pas de leur porte.
Ouvert
rien d'essentiel.

Le registre accompagne chaque pièce : il dit l'étage de preuve de ce que vous entendrez. La méthode et la note du récit ont leurs pages propres.