Ici repose la GloireMagni nominis umbra
Murbach, le vallon des princes · La nouvelle audio · Épisode 2 · Entre-chapitre B

Le siècle des murs

Des tours sur les rochers, des remparts autour des villes — et des châteaux engagés contre des dettes.

Laissons l'abbé à sa cire, et le lac à ceux qui s'y sont juré assistance. Il faut de nouveau monter d'un cran — non plus sur la crête, cette fois, mais sur les rochers où la maison a posé ses tours. Ce que l'acte ne disait pas, les rochers le montrent encore.

Le siècle qui précède la vente est celui des pierres. Vers 1230, Hugues fait monter sa tour sur l'éperon qui domine Buhl, au débouché du vallon ; le rocher prend son nom, le Hugstein, et devient la demeure des abbés. Une génération plus tard, un autre abbé ceint de murs Guebwiller et Wattwiller, puis pose deux châteaux de plus : l'un au-dessus du monastère, « à la manière d'une citadelle », l'autre sur le rocher de porphyre qui surplombe les bains de Wattwiller. La maison qui n'avait voulu qu'un étang et des roseaux se hérisse de guetteurs. Guebwiller, la ville que l'abbaye a vue grandir au pied de son vallon, vit désormais derrière l'enceinte que le père a tracée pour elle — protégée, et tenue.

Les murs ne suffisent pas ; il faut aussi l'épée. En 1261, quand l'évêque de Strasbourg entre en guerre contre ses propres bourgeois, l'abbé de Murbach prend son parti. L'aventure de l'évêque finit l'année suivante, aux portes de la ville, par une déroute. On ne sait ce que l'abbé y perdit ; une chronique lui prête ailleurs cinq cents cavaliers, pour escorter l'entrée d'un évêque à Strasbourg — les chroniques comptent large.

Car tout cela se paie, et la maison n'a qu'une manière de payer : elle engage. Un château, une ville, une dîme passent aux mains d'une famille qui prend la dette à son compte et se rembourse sur ce qu'elle tient. Le gage n'est pas une vente ; c'est peut-être pire, car il laisse le nom au maître et la chose à un autre. En 1311, vingt ans après Lucerne, la citadelle est confiée en fief à un lignage vassal, qui y résidera en commun.

Au bout du compte, ce qui restera tiendra dans une main posée sur le Grand Ballon : trois vallées, trois bailliages, Guebwiller sur la Lauch, Saint-Amarin sur la Thur, Wattwiller au pied de son rocher, quelque deux cent soixante-dix kilomètres carrés. C'est, à peu de chose près, la carte que trouvera la Révolution. Elle porte pourtant un nom qu'elle ignore encore. Le mot de principauté n'apparaîtra qu'au début du XVIe siècle, et la théorie des quatre abbayes princières de l'Empire ne sera formulée qu'au XVe, par un juriste de Bâle. Le prince de cire de 1228 attend toujours sa principauté. Le titre est venu d'abord ; le territoire, en rétrécissant, finira par lui ressembler.

Entre-temps, le vallon vit. En 1305, un abbé rétablit le couvent : de nouveau une table commune, de nouveau un dortoir commun — ce qui veut dire qu'on avait cessé, sans le dire, de manger et de dormir ensemble. En 1318, un tenancier de la plaine reçoit des terres à condition d'entretenir, pour la cour domaniale, un taureau et un verrat. En 1330, le prévôt de Sainte-Marie achète aux moines neuf tonneaux de vin pour quatre-vingt-dix marcs d'argent, puis les leur rend aussitôt en donation. Acheter pour pouvoir donner.

Le 27 mai 1335, le chapitre partage les revenus de la maison en prébendes : à chaque moine sa part, et à chacun désormais de vivre de la sienne. Trois ans plus tard, l'abbé fera bâtir à Guebwiller un château neuf, la Neuenbourg. La maison continue de construire. Elle a seulement cessé de partager.

Dans la salle du chapitre, on a pris l'habitude de compter les voix.

Le récit historique · La nouvelle d'une traite

Registre de la pièce ▾
Attesté
le Hugstein vers 1227-1230, résidence des abbés ; les murs de Guebwiller et de Wattwiller, le Hohrupf en 1260 et le Hirzenstein en 1265 sous Berthold de Steinbrunn (Gatrio) ; le soutien de l'abbé à l'évêque Walther de Geroldseck en 1261-1262 et la déroute de Hausbergen (Münster, 1552) ; le Hohrupf tenu en fief de résidence par les Stör à partir de 1311 (Gatrio) ; la pratique de l'engagement des châteaux, villes et dîmes contre la reprise des dettes (Gatrio) ; les trois bailliages et les quelque 270 km² de l'époque moderne (Residenzenforschung) ; le mot Fürstentum au début du XVIe siècle et la théorie des quatre abbayes princières chez Pierre d'Andlau ; la restauration de la vie commune en 1305 ; le taureau et le verrat de 1318 ; le vin acheté puis donné par Heinrich Waldner en 1330 ; le partage des revenus du 27 mai 1335 sous Konrad Wernher Murnhart (Gatrio).
Débattu
la construction de la Neuenbourg en 1338, donnée par la littérature castrale.
Inféré
que la vie commune s'était défaite avant 1305 (conclusion de Gatrio).
Choisi
le rapprochement du prévôt de 1330 et du comte de 737 ; la clôture sur un signal sonore, règle des entre-chapitres.
Ouvert
les cinq cents cavaliers, chiffre de chronique ; la date de l'engagement des châteaux aux frères von Haus.

Le registre accompagne chaque pièce : il dit l'étage de preuve de ce que vous entendrez. La méthode et la note du récit ont leurs pages propres.