Ici repose la GloireMagni nominis umbra
Murbach, le vallon des princes · Le récit historique

L'aube du 4 juillet 926

Le siècle de fer avait fini par trouver le vallon. Les cavaliers hongrois déferlaient alors sur l'Europe comme jadis les Huns, et l'Alsace était sur leur route ; la tradition veut qu'un seigneur du pays, un Liutfried que les chroniqueurs parent d'un titre ducal que l'Alsace d'alors ne connaissait plus, ait tenté de leur barrer le passage et péri à Huningue1 Liutfried et Huningue : tradition rapportée par Gatrio, I, et par les notices (DHIALSACE) ; le titre ducal est anachronique..

La mémoire de la maison fixe le désastre au 4 juillet 9262 Date du 4 juillet 926 : tradition de la maison (Gatrio, I).. Une partie de la communauté avait fui à temps, semble-t-il, puisque les livres et le trésor ont survécu. Sept moines restèrent, et furent tués — huit, selon un catalogue de 16933 Gatrio, I, p. 161-162.. L'Église d'Alsace les tint pour martyrs pendant huit siècles4 Culte des sept martyrs : Gatrio, I ; Walter, Grabschriften, n° 3, qui rapporte aussi les six noms qu'Ingold croit lire dans un nécrologe de Remiremont. ; la montagne garde un Mordfeld, le « champ du meurtre », où la tradition place le massacre sans que le nom suffise à le prouver5 Toponyme Mordfeld : carte IGN ; Gatrio, I. — Münster, en 1552, fait vivre les sept « au mont qui est là prochain », lieu dit depuis « le Champ du brigandage »6 Münster, 1552, p. 485.. Un sarcophage unique leur est consacré dans l'église, au bras nord du transept : un tombeau droit sous une dalle dressée, quatre bustes aux traits non figurés, en grès rose et blanc7 Base Palissy, notice IM68000483 (monument des moines martyrs).. Le tombeau actuel date de 1879 ; l'inscription latine remonte à septembre 1705, quand le coadjuteur Célestin de Beroldingen fit placer les ossements dans un mausolée près du maître-autel8 Tombeau renouvelé en 1879 ; inscription posée en septembre 1705 par Célestin de Beroldingen, coadjuteur ; Diarium au 4 septembre 1705 : Walter, Grabschriften, n° 3.. L'épisode lui-même n'est pas hors de doute : une notice le tient pour une légende tardivement enrichie. Le 4 juillet est le jour où la maison célébrait leur mémoire, et l'année varie selon les sources — 926 selon la tradition de la maison, 925 dans le Diarium de Ferrette, 929 ailleurs9 Année du raid : 925 dans le Diarium de Bernard de Ferrette (Walter, Grabschriften, n° 3) ; 926 et 929 données pour concurrentes par Gatrio, I, p. 161-162 ; voir la note sur les sources, hypothèses débattues..

Münster, La Cosmographie universelle, 1552, livre III, p. 485 : Eberhard « faict conuers », et les sept moines tués « au mont qui est là prochain », lieu « depuis appellé le Champ du brigandage ».
Münster, La Cosmographie universelle, 1552, livre III, p. 485 : Eberhard « faict conuers », et les sept moines tués « au mont qui est là prochain », lieu « depuis appellé le Champ du brigandage ».Domaine public.

L'abbaye brûla, et la fonction abbatiale resta vacante une trentaine d'années10 Incendie et vacance abbatiale d'une trentaine d'années : Gatrio, I ; DHIALSACE. : le vivier des pèlerins semblait mort.

Il ne l'était pas. La reconstruction vient d'une femme : la reine Adélaïde de Bourgogne, future impératrice — l'amie des abbés de Cluny, qui feront d'elle une sainte —, dont les dons relèvent les murs11 Dons d'Adélaïde pour la reconstruction : Gatrio, I ; DHIALSACE.. En 955, la victoire d'Otton Ier au Lechfeld brise définitivement la menace hongroise. Et le 27 avril 977, à la demande de l'impératrice Théophanu, la princesse byzantine devenue souveraine d'Occident, l'empereur Otton II confirme à Murbach toutes ses possessions et tous ses privilèges12 Diplôme d'Otton II du 27 avril 977, à l'intervention de Théophanu : MGH, Diplomata, Otton II ; Gatrio, I.. L'abbaye est de retour, adossée désormais aux plus grands noms de l'Empire.

Étage de preuve — ce que ce chapitre affirme est classé dans la note sur les sources : le registre du chapitre IV, les légendes et traditions déclarées, les hypothèses savantes débattues.